Démographie, ressources et énergie solaire : les moteurs de la nouvelle économie africaine
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Depuis quelques années, de nombreux indicateurs montrent que les économies africaines connaissent des transformations rapides. Les spécialistes ne partagent toutefois pas la même lecture de ces évolutions : certains, qualifiés d’“afro-optimistes”, y voient l’émergence d’un continent dynamique et porteur d’avenir, tandis que d’autres, plus “afro-pessimistes”, s’inquiètent des tensions sociales et économiques liées aux inégalités persistantes. Dans ce débat, les questions énergétiques - et en particulier le développement du solaire - occupent une place centrale. Les progrès de l’électrification, les innovations technologiques et l’essor des solutions décentralisées offrent en effet des perspectives nouvelles pour accompagner la croissance démographique, soutenir l’activité économique et améliorer les conditions de vie. Voici quelques repères clés pour mieux comprendre ces dynamiques.
© Thinkstock - Un habitant de la Planète sur quatre vivra en Afrique en 2050 : un défi mais aussi un formidable potentiel. Ici, un marché à Jimma, en Ethiopie.
L’Afrique, moteur de la démographie mondiale
Le nombre d’habitants reste, pour un pays ou un ensemble de pays, un élément de , la Chine, l’Inde ou le Brésil en sont des exemples. En Afrique, la population dépasse 1,5 milliard d’habitants en 2026 (19 % de la population mondiale) et devrait, selon les estimations de l’ONU, atteindre 2,5 milliards d’ici 2050, pour représenter le quart des habitants de la Planète. Il s’agira de populations jeunes : selon l’Unicef, en 2050, 40 % des enfants de moins de cinq ans dans le monde vivront sur le continent africain. À ce même horizon, 10 % des naissances mondiales se produiront au Nigeria. Il y aura en revanche un revers à la médaille : l’explosion démographique, provoquant un exode rural et un déséquilibre villes/campagnes, menacera l’agriculture et donc l’alimentation du continent.
Une demande énergétique en forte hausse
Deux Africains sur trois n’ont toujours pas accès à des sources d’énergie modernes. La consommation primaire d'énergie dans le monde est de 22 MWh par habitant en 2022, elle est de 7 MWh par habitant en Afrique. En 2023, le continent africain n’a été responsable que d’environ 3,6 % des émissions mondiales de CO₂ liées à la combustion d’énergies fossiles, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Mais dans la mesure où ses besoins en énergie vont fortement croître sous l’effet de la croissance économique, de la démographie et de l’urbanisation, la question de son modèle de développement – sera-t-il durable et bas carbone ? – se pose avec acuité.
Un continent riche en ressources, essentielles à la transition énergétique mondiale
L’Afrique dispose de ressources importantes : selon les estimations, 8 % des réserves pétrolières mondiales, 7 % des réserves de gaz, 4 % des réserves de charbon, 10 % du potentiel hydro-électrique et 17 % de l’ . Ses régimes de vents et de soleil garantissent le développement de l’éolien et du solaire.
Selon les experts, le continent africain détient 40 % des réserves d’or du monde et 30 % des réserves de minerais essentiels : fer, cuivre, aluminium, platine, chrome, lithium et autres métaux rares de plus en plus indispensables au développement des et des voitures électriques.
Des défis persistants : dépendance aux matières premières et gouvernance
Mais l’abondance en matières premières ne se traduit pas toujours en développement économique durable. L’instabilité des prix sur les marchés internationaux rend les revenus issus de ces ressources très fluctuants, ce qui fragilise les budgets publics et la planification à long terme. Ensuite, les revenus qu’elles assurent peuvent être source de corruption et n’encourage pas à la diversification de l’économie et aux investissements dans des secteurs d’avenir.
Enfin, les ressources africaines suscitent depuis longtemps l’intérêt des grandes puissances, autrefois coloniales, et aujourd’hui de pays comme la Chine à la recherche de terres et de matières premières. L’enjeu pour les pays africains est donc de renforcer leurs infrastructures, de développer des industries locales et d’investir dans l’innovation durable, afin de transformer ces richesses naturelles en véritable moteur de développement.
De nombreux économistes pensent que les pays africains bénéficieront du mode de développement appelé en anglais leapfrog (saute-mouton), qui permet d’atteindre des objectifs avancés en sautant des étapes intermédiaires que les pays développés ont pu connaître par le passé.
Un exemple est celui du téléphone : le continent africain n’est pas passé par la téléphonie fixe avant de connaître un essor exceptionnel du mobile (près de 500 millions d’utilisateurs pour 1,2 milliard d’habitants). La production d’énergie solaire délocalisée peut contribuer puissamment à l’électrification de l’Afrique, en limitant la nécessité de construire des réseaux de distribution électrique alimentant chaque village.