New Delhi et la pollution : comprendre les causes et les défis d’une mégapole indienne
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New Delhi, la capitale de l’Inde, fait partie d’un ensemble urbain beaucoup plus vaste : avec Gurgaon et Noida, la « région capitale » rassemble plus de 25 millions d’habitants, devenant l’une des plus grandes mégapoles du monde et dépassant désormais Mumbai en population comme en poids économique.
Résultat : la mégapole indienne fait partie des villes les plus polluées du monde, un cas d’étude idéal pour aborder en classe les liens entre urbanisation, mobilités, énergie et qualité de l’air.
© PRAKASH SINGH / AFP - Automobiles, rickshaws et de deux roues créent à New Delhi des embouteillages qui empoisonnent la vie quotidienne.
Delhi et New Delhi : une métropole construite par strates historiques
La distinction entre Delhi et New Delhi, qui s’est effacée dans le langage courant, est un héritage historique. Delhi est la vieille ville construite par les dynasties mogholes au XVIIe siècle, avec son « Fort rouge », sa grande mosquée et son réseau inextricable de ruelles écrasées par des immeubles vétustes. Quasi-immuable, elle constitue le cœur touristique de la capitale.
New Delhi est la nouvelle ville dessinée au début du XXe siècle par l’Empire britannique suite à sa décision de déplacer la capitale autrefois à Calcutta. Tracées au cordeau autour du palais présidentiel et de la perspective du Rajpath, les avenues y sont très larges, bordées de villas (appelés « bungalows ») et de jardins. Mis à part quelques grands immeubles autour de Connaught Place, l’urbanisme de New Delhi est resté en l’état et symbolise le pouvoir politique indien.
L’expansion moderne s’est réalisée dans deux agglomérations totalement nouvelles, Gurgaon, au sud-ouest, bâtie à partir d’un village, et Noida, au sud-est, créée à partir de rien puisque son nom même est un acronyme. Elles rassemblent, sans plan d’urbanisme vraiment dessiné, des gratte-ciel ultramodernes, des centres commerciaux, les quartiers-généraux de tous les grands groupes et des cités d’immeubles pour loger les classes moyennes indiennes en plein essor. Tout le reste de la couronne qui entoure Delhi a été submergé par une mosaïque hétérogène de résidences de luxe, de lotissements résidentiels et d’installations précaires, les jhuggi-jhopri, occupées par les migrants venus des campagnes ou les ouvriers venus avec leurs familles pour travailler sur les chantiers.
Une pollution atmosphérique parmi les plus élevées au monde
New Delhi figure parmi les métropoles les plus polluées du monde et demeure l’une des capitales les plus exposées à la pollution atmosphérique. Plusieurs facteurs y contribuent, notamment les vents de sable venus des plaines très sèches du Rajasthan, la pratique des brûlis de chaumes des campagnes environnantes, la proximité de quelques centrales thermiques au charbon et la large utilisation par les habitants les plus modestes de la pour le chauffage et la cuisson des aliments. Mais la cause principale en est la circulation, qui a explosé dans la métropole indienne. Quatre millions de voitures et camions sont enregistrés à Delhi, deux fois plus qu'en 2000. Si l’on inclut les deux roues, et les fameux rickshaws à trois roues, ce sont 12 millions de véhicules à moteur qui tournent dans la capitale indienne. Aux heures de pointe, il faut près de deux heures pour parcourir les 30 km entre le centre de New Delhi et Gurgaon.
Résultat, la capitale indienne connaît un fort taux de particules fines, c’est-à-dire en dessous d’un diamètre de 2,5 micromètres (μm). La concentration en particules fines PM2,5 dépasse régulièrement de très loin les recommandations de l’ , notamment lors des épisodes de smog hivernal, où elle peut atteindre plusieurs dizaines de fois le seuil recommandé.
Réduire la pollution : transports propres, énergie et limites des renouvelables
Les autorités ont pourtant pris des mesures. Elles ont contraint les dizaines de milliers de bus et de rickshaws à se convertir au gaz naturel comprimé. La circulation des camions a été restreinte aux heures de nuit. Des formules de circulation alternée sont testées. La plupart des centrales thermiques ont été éloignées. Un métro a été installé (tardivement) à partir de 2002 et son réseau, encore peu dense, est en voie d’extension. Le gouvernement indien affiche l’ambition de développer massivement les véhicules électriques à l’horizon 2030, même si leur généralisation reste un défi.
La solution de fond réside, pour le pays en général, dans le développement des pour réduire la dépendance au charbon et au fuel dans la production d‘ .
Mais cette politique est difficilement applicable dans la région de la capitale. Le prix élevé du foncier, et bien souvent son caractère spéculatif qui est à l’origine de beaucoup de fortunes indiennes, empêche le développement de parcs, qu’ils soient solaires ou éoliens. L’installation en toiture démarre très lentement, en raison du coût de l’équipement de l’habitat déjà bâti et de l’absence d’une politique de subventions publiques. En outre, le climat très chaud qui règne à New Delhi conduit fréquemment à des pics de consommation, qui sont peu compatibles avec l’intermittence du solaire. Les particuliers et les entreprises surmontent les coupures de courant fréquentes par le recours à des générateurs au fuel.
Vers des villes indiennes plus durables : la stratégie nationale des « Smart Cities »
Sous l’impulsion du Premier ministre Narendra Modi, qui a déjà profondément modifié le de son État d’origine, le Gujarat, le gouvernement indien a adopté pour l’évolution des villes une approche globale, prenant en compte les exigences économiques, sociales mais aussi de bonne gouvernance. Il a ainsi mis les villes indiennes en compétition en une sorte de grand concours urbanistique en leur fixant des critères à atteindre en même temps : 10 % au minimum d’énergie solaire, un souci de mixité sociale, la viabilité du financement, la participation des citoyens, une gestion managériale moderne
et au moins une solution « intelligente » (système de gestion du trafic, recyclage, etc). Une centaine des villes les plus imaginatives doivent être soutenues pour former un réseau structurant, notamment le long corridor des 1 500 km qui séparent New Delhi de Mumbai (Bombay).
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