Exploitation offshore : risques, sécurité et protection de l’environnement
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© PASCAL LAURENT - TotalEnergies - L'exploitation en offshore profond nécessite l'utilisation de robots sophistiqués. Ici le largage d'un ROV (remotely operated vehicle).
Extraire du pétrole ou du gaz sous la mer, c’est possible… mais cela comporte des risques. Depuis les années 1950, cette activité a provoqué des accidents graves, comme la dans le golfe du Mexique en 2010. Aujourd’hui, la technologie, et des règles strictes cherchent à limiter ces dangers.
Pollution marine : suivi des rejets aqueux et gazeux
La pollution de l’environnement marin est le premier risque pris en compte dans l’exploration . Avant de commencer à extraire des hydrocarbures (pétrole ou du gaz), on réalise un « état des lieux » de la zone : on mesure la qualité de l’eau, on observe les animaux présents. Cela sert de référence pour vérifier plus tard si l’activité a eu un impact. Cet état des lieux est réalisé par des entreprises spécialisées qui vont établir l’inventaire de la faune (oiseaux, mammifères marins, coraux, poissons etc.) présente dans la zone concernée, effectuer des analyses de l’eau et des de cette même zone, etc. Cet état des lieux sera la référence des mesures ultérieures qui seront effectuées durant la vie du projet.
A bord d’un navire océanographique, une équipe pluridisciplinaire va travailler pendant plusieurs semaines pour collecter toutes les informations nécessaires à l’établissement de cet état de référence. Ces informations seront ensuite synthétisés dans un document transmis à l’industriel et aux autorités compétentes.
Afin de vérifier le respect des critères établis par l’administration dans le permis d’exploiter le d’hydrocarbures, les contrôles sont effectués sur les différents types de rejets dans l’environnement c’est à dire dans l’air, dans l’eau et ceux concernant le traitement des déchets industriels comme les déblais de .
Concernant les eaux de production, c’est-à-dire celles qui sont extraites des gisements, donc chargées en hydrocarbures entre autres, la règle est de les réinjecter afin d’éviter tout type de rejet dans l’environnement. Si ce n’est pas possible, elles alors sont traitées avant d’être rejetées en mer. Ceci afin d’abaisser leur contenu en hydrocarbures en dessous de normes et des règlementations très strictes, généralement moins de 30 milligrammes/litre, voire beaucoup plus bas pour certaines installations industrielles (entre 10 et 15 milligrammes/litre).
Les gaz associés à l’extraction des hydrocarbures sont soit réinjectés, ce qui contribue au maintien de la pression dans les réservoirs, soit exportés vers des sites de stockage et/ou de de gaz naturel. Ce gaz sera ensuite distribué dans le réseau de gaz naturel alimentant les foyers domestiques.
Le méthane, gaz à effet de serre (GES) particulièrement puissant, représente un défi majeur pour l’industrie énergétique. Sa réduction passe par la détection systématique des fuites grâce à des technologies avancées (capteurs, drones, imagerie infrarouge) et par la maintenance préventive des installations. Les pratiques responsables incluent également la récupération et la valorisation du gaz plutôt que son brûlage, ainsi que la transparence des données d’émission pour permettre des estimations rigoureuses des quantités de gaz à effet de gaz émis chaque année. Ces mesures sont indispensables pour limiter l’impact climatique des opérations et respecter les engagements internationaux en matière de réduction des gaz à .
La gestion des déchets issus des opérations offshore est essentielle pour prévenir la contamination des sols et des eaux. Elle doit s’appuyer sur une stratégie qui privilégie la réduction à la source, le tri sélectif et la valorisation des matériaux lorsque cela est possible. Les déchets dangereux, tels que les boues de forage ou les résidus chimiques, nécessitent un traitement spécialisé et une traçabilité stricte pour éviter tout rejet incontrôlé. Ces déchets sont traités à terre dans des installations spécialisées. L’intégration de solutions circulaires et la mise en place de filières locales de recyclage contribuent à limiter l’empreinte écologique des activités d’exploration et de production.
Surveillance des fonds marins et des équipements offshore
Ces exigences ont donné une forte impulsion aux recherches sur les engins robotisés de surveillance et de collecte des données. Des véhicules télécommandés ou autonomes, dotés de caméras, de capteurs et de dispositifs de mesure, peuvent séjourner des mois au fond de l’océan, avec une capacité de déplacement de dizaines de kilomètres. Ils rapportent des informations de toute nature :
- la surveillance des « aléas géologiques » (failles, glissements de terrain…) ;
- la surveillance des pipelines sous-marins, des têtes de puits et des structures de plateformes ;
- la surveillance de la coque des unités flottantes utilisées sur les champs à très haute profondeur d’eau (inférieur à 1500 mètres).
Accidents majeurs : quelles mesures de prévention ?
Les risques d’accidents industriels majeurs, peuvent avoir lieu sur les plateformes elles-mêmes plus que sous la mer. Ces risques existent depuis le début de l’exploitation offshore.
Le 6 juillet 1988, une explosion suivie d’un incendie sur la plateforme Piper Alpha, d’Occidental Petroleum, au large des côtes d’Écosse, fit 167 morts et engendra une perte financière dépassant 3 milliards de dollars (au cours de l’époque).
Le 20 avril 2010, l'explosion puis l’incendie de la plateforme Deepwater Horizon, dans le golfe du Mexique, a coûté la vie à 11 personnes avant de déclencher la plus longue marée noire de l’histoire, avec des dégâts environnementaux considérables. Outre les conséquences humaines, de tels accidents constituent des catastrophes écologiques et financières, avec dans le cas de BP, des amendes à payer pour un total de 56 milliards de dollars.
Les fuites de gaz, comme celle sur la plateforme Elgin du groupe Total en mer du Nord, le 25 mars 2012 ont moins d’impacts environnementaux, mais ont nécessité la mise en œuvre d’opérations très complexes pour la stopper. La fuite n’a fait aucun blessé mais il fallut près de deux mois pour la maîtriser après l’injection de boue lourde dans le puits.
Le contrôle de ces accidents réside dans l’amélioration des technologies, des observations continues sur les installations, l’évolution des normes et des pratiques, le développement d’outils d’intervention.
Zones sensibles : pourquoi limiter l’exploitation ?
Le coût financier de l’accident de Deepwater Horizon et les dégâts potentiels en termes d’image ont conduit plusieurs compagnies internationales à revoir à la baisse leurs projets dans les zones « sensibles » à toute activité humaine. Certaines compagnies évitent d’aller explorer ou exploiter dans ces zones comme la zone Arctique par exemple. Si elles décident malgré tout de lancer des projets dans des zones par exemple à forts enjeux de , elles intègrent les principes stricts de prévention, réduction et compensation des impacts dès la phase de conception de ces projets. La séquence « éviter, réduire, compenser » (ERC) a pour objectif d’éviter les atteintes à l’environnement, de réduire celles qui n’ont pu être suffisamment évitées et, si possible, de compenser les effets notables qui n’ont pu être ni évités, ni suffisamment réduits.
Cela implique une évaluation environnementale approfondie avant toute activité, incluant la cartographie des habitats, l’identification des espèces protégées et l’analyse des risques liés aux écosystèmes. La séquence ERC est désormais considérée comme une norme internationale : éviter les zones à haute valeur écologique, réduire les perturbations par des technologies moins invasives, et compenser les impacts résiduels par des actions de restauration ou de création d’habitats.